Environnement
De la parcimonie à la pléthore...
Pollution, gaspillage….426.000 portables jetés chaque jour ! Nos enfants
ne peuvent pas concevoir un monde sans téléphone. S’ils connaissaient la
difficulté à faire installer une ligne il y a quarante ans à peine, pas de doute,
ils seraient pliés de rire.
Mon père a monté son entreprise de serrurerie en 1963. Le village ne
disposait alors que de deux lignes téléphoniques : celle de l’usine de tissage et
celle de la Poste. Cette dernière était menée de main de maîtresse femme ! Elle
nous faisait peur avec son regard peu amène et son air revêche. Lorsque mon père
demanda à bénéficier de ce service indispensable à la bonne tenue de ses
affaires, que nenni ! aucune possibilité avant un avenir très lointain.
L’Administration n’accepta pas sa demande de passer par Asnières et lui
proposa une seule solution : un transfert de la ligne de la poste en dehors des
heures d’ouverture, c’est-à-dire après 18h le soir et avant 8h du matin.
Drôle d’horaire pour un secrétariat ! Mais bien obligé de s’adapter. Il est vrai
qu’on n’avait pas encore envisagé les 35h.
Lorsque la postière prit sa retraite, la ligne nous fut proposée à des
horaires plus chrétiens, mais à condition de reprendre la gestion de la cabine
téléphonique. Cela consistait à noter les télégrammes (ah ! le plaisir de transcrire
un texte énoncé en Hongrois !) et accueillir les dégourdis qui osaient utiliser
cet appareil, généralement en modulant la puissance de leur voix en fonction de
la distance les séparant de leur interlocuteur…
C’est ainsi que ma mère se retrouva bloquée à la maison durant les heures
ouvrables. Quand je dis bloquée, c’est un euphémisme car lorsqu’un coup de fil
arrivait pour l’entreprise de mon père, elle demandait à son interlocuteur de ne
pas quitter, elle prenait ses jambes à son cou pour rejoindre le local distant de
200m et hurlait pour couvrir le bruit des machines : « Marcel, téléphone pour
toi ! » Lorsque mon père avait décroché, elle n’en avait pas fini pour autant, car
elle devait cavaler dans l’autre sens afin de raccrocher la ligne dès la fin de la
conversation, pour être prête à répondre au prochain appel.